Samedi 7 novembre 2009

"Je me retrouve je ne sais comment à poser un pied sur le trottoir dans la lumière bleuâtre du matin. Je suis encore toute enveloppée de nos sueurs. Ma robe du soir est fripée, je frissonne dans mon étole trop légère, mes talons aiguilles tapotent l’asphalte. J’ai rangé les bijoux dans mon sac à main et j’ai juste pris le temps d’un coup de peigne et d’un nuage de poudre.

C’est en croisant le regard du premier épicier que je rencontre, et en voyant le sourire qu’il esquisse avant de replonger dans ses cageots de légumes que je commence à me sentir comme nue. Pourtant, je ne suis pas seule à arpenter les rues dans cette élégance chiffonnée et anachronique. Je croise d’autres femmes au maquillage défait, à la robe froissée, aux chevelures crêpées par la nuit sans sommeil. Elles regagnent les bouches de métro d’un pas rapide en faisant tinter leurs bracelets. Nous nous regardons les unes les autres sans insistance mais avec sympathie. Cela rend le petit matin très tendre. Je saisis les yeux verts d’une grande femme brune au visage sauvagement sensuel. Elle est sans doute de celles qui volent librement leur plaisir dans le creux du lit des hommes, ne réclamant en contrepartie que la possibilité de cette porte ouverte du lendemain matin, qu’elles claquent derrière elles avant de s’évanouir en silence dans le jour gris. Je m’amuse de notre ballet matinal, belles de nuit aux yeux rougis et au teint de lune, avec cette sorte de brume dans la démarche quand l’érotisme s’accroche encore à nos bas."

Par Sophie Val-Roussey - Publié dans : 'Je serai presque pile à l'heure' - Communauté : tribulations de filles
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Dimanche 13 septembre 2009

Un petit ciné ce soir ? 

Tu as un instant d’hésitation devant ma suggestion. Tu regardes par la fenêtre, tu portes la main sur ton menton. Tu as quelque chose à proposer mais tu n’es pas sûr de vouloir le faire.

 En fait… Je voulais te demander… Alex  et Sylvie font une fondue. Nicolas et Francine y seront. On est invités si tu veux. Mais, si tu préfères le cinéma, on va au cinéma bien sûr… 

 Ainsi c’est à moi que revient cette lourde tâche : choisir d’entrer ou non plus avant dans ton monde. Moi je décide immédiatement :

Allons chez tes amis, le cinéma attendra.

Tu as l’air plutôt content et tu me parleras de chacun de ceux que je dois rencontrer le soir tout au long de la journée, en me citant à chaque fois une anecdote   tendre ou carrément cocasse.

Quelques minutes avant de partir, tandis que je me maquille, tu balayes une dernière fois tous les portraits robots, au point que j’ai l’impression de les glisser dans mon sac entre un paquet de kleenex et un rouge à lèvre. Quand la porte s’ouvre, tu as droit à des embrassades chaleureuses, aux frappes cordiales des hommes  et aux exclamations de ces dames. Je reste prudemment en arrière. Ca me fait toujours drôle ces rencontres de pièce rapportée où l’on se tourne vers moi avec un petit sourire poli, mi-gentil, mi-prudent. Je lis dans les regards une forme de crainte, peut-être faut-il même parler d’un soupçon d’effort… ah, cette terrible conscience de la nécessité absolue de bien s’entendre. Ainsi, ce soir, la rencontre, ce n’est pas le pétillement du regard - cela, au début, on n’est même pas capable de le voir- c’est un énorme dossier au bout duquel il faut arriver. Après l’échange des bises et des prénoms et le constat que je suis, une nouvelle fois, la plus jeune de la troupe, la soirée peut commencer. Chacun va sans doute veiller à se montrer sous son meilleur jour. 

Ca commence assez curieusement, car la maîtresse de maison  ne joue pas le jeu, elle me regarde avec un petit air curieux et au fond, pas tellement sympathique. Elle pense sans doute que j’ai chipé sans vergogne la place de La Précédente, qu’elle a dû voir souffrir. Il faudra que je la mette en confiance, que je l’attendrisse … Je me donne avec elle ma première nouvelle tâche. Son compagnon cherche sans trop de succès à me mettre doucement à l’aise. Chacun connaît les lieux et je me retrouve plantée au milieu des allées et venues sans savoir où me mettre. On me débarrasse de mon manteau et de mon sac, on me prend la bouteille que tu m’as confiée, on me demande pardon car je suis toujours devant la mauvaise porte  -  celle du dressing -  ou le mauvais placard  - celui des verres à pieds - et on finit par me coincer sur le canapé entre deux coussins, un doigt de Porto à la main, et j’attends là que tout le monde ait fini de s’activer, en jetant un coup d’œil à la télévision qui clignote.  J’observe autour de moi : un intérieur moderne, chaleureux, impeccable, tout de beige et de brun chic, un grand balcon filant, des images encadrées, des photos de famille, un jeu d’échec, des revues financières.

On va mettre des touches de couleurs, me glisse-t-on à l’oreille, imaginant sans doute que l’œil que je promène sur toutes ces petites élégances a quelque chose de réprobateur.  C’est toute une harmonie douce qui s’étale autour de moi, une décoration tendre mais  sans risque.  Je ne bouge pas d’un centimètre.  Je vous écoute de loin échanger des livres, des outils, des nouvelles de vos amis communs. Tu me jettes un œil désolé et un peu inquiet et tu poses la seule question que je redoute.

Tu ne t’ennuies pas ?

Non.

Bien sûr que non je ne m’ennuie pas. Je voudrais juste ressembler à un de ces coussins moi aussi et ne pas avoir à exister ce soir. Vous écouter sans être là.

(...)

Par Sophie Val-Roussey - Publié dans : 'Je serai presque pile à l'heure' - Communauté : tribulations de filles
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Mardi 25 août 2009

Discussion avec l'expert es dégat des eaux, hier après-midi :

Moi : - J'arrive de Lille à l'instant !
Lui : - Ah ! J'en était SUR. Vous avez le type espagnol.
Moi : - ...?...
Lui : -  ...
Moi : - Non-non mais à la base je suis Franc-Comtoise pas Lilloise.
Lui : - Ah ben qu'est-ce que je vous disais. Encore mieux!! Vous avez le type espagnol parce que les comtois ont été occupés par les espagnols. N'est-ce pas?
Moi : - ...
Lui : - Alors comme ça vous êtes de Lille.

Par Sophie Val-Roussey - Publié dans : Brèves de comptoir et d'ailleurs - Communauté : tribulations de filles
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Dimanche 23 août 2009

C'est l'hiver, c'est le départ pour une journée à la neige pour la classe de 3°.
Une élève, à son prof :

' Oh, monsieur, c'est bien simple en vous tout est beau. Vous avez de beaux yeux, vous avez une belle voiture et puis, vous avez de beaux skis.'

Par Sophie Val-Roussey - Publié dans : Brèves de comptoir et d'ailleurs - Communauté : Romans en ligne
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Mercredi 19 août 2009

 

19-08-09

 

Trajet 17° - 14° ce matin – durée : 20 minutes. Temps : grand bleu. Température : caliente. Temps de poursuite d’un zouave en kangoo blanche : 10 minutes. Dialogue ci-dessous :

Premier feu rouge

-           Hé mademoiselle ! Hé ! Comme vous zêteuh joooolie sur votre scooter, héééé ! ouaiiiiiis héééé! ouaiiiiis !

-           Au vu de ce que j’ai sur la tête, permettez moi de douter très légèrement de votre sincérité, tout de même.

-           Sisi avec votre taille, on dirait une petite abeille ! Comme ça, là,  qui virevolte, là ! Et hop, et hop !

-…

Deuxième feu rouge

-          Je voulais dire une guêpe mademoiselle ! A cause de la taille de guêêêêpe !!!! Pas une abeille !

-          …

-          Vous comprenez ?

-          …

Troisième feu

-          Hé mademoiselle laissez-moi une chance qu’on se revoit tout de même.

-          Nan.

Quatrième feu

-           Mais même si on sort pas ensemble mademoiselle ! Juste pour discuter !

-           Naaan.

Cinquième feu

-          Alors mademoiselle, zéro six … ??

-          …

-          Zéro six ???

-          Naaaaaan. Vire tes roues que j’avance.

 

Sixième feu

-          Hé mademoiselle allez quoi mademoiselle c’est même pas pour sortir avec vous mademoiselle, c’est juste pour la conversation voyez, boire un verre ! Mademoiselle ! hé mademoiselle ! Hé vous zêtes très charmante ! hé ! Allez quoi allez quoi !

-          Oui bon : vire tes roues maintenant, t’es rigolo mais tu m’emmerdes.

 

Septième feu

-          Saloooooope !

Par Sophie Val-Roussey - Publié dans : Brèves de comptoir et d'ailleurs - Communauté : tribulations de filles
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Présentation

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  • : Présentation du roman 'Je serai presque pile à l'heure' mention découverte du prix du premier roman en ligne 2009 : extraits, avis de l'éminent Jury et des lecteurs. - Et : brèves de comptoir et d'ailleurs, nouvelles à télécharger, marque-page idem, textes plus ou moins longs, chansons plus ou moins courtes, joli jazz, jolies photos, emails truculents - emails professionnels authentiques inclus, bien entendu. Je vous y attends, munis de vos commentaires : à vos claviers.
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